On parle de sexualité comme on parlerait d'autre chose d'important.

Sexualité et transidentité : ton corps, ton désir, tes règles

Quand ton corps et ton genre ne racontent pas toujours la même histoire, l'intimité peut devenir un terrain compliqué. Ou un terrain de jeu. Souvent les deux. On parle ici de désir, de dysphorie, d'euphorie et de la manière d'en parler à tes partenaires.

9 min de lectureNiveau :

Clément et l’équipe Black Bond

Pas encore relu par un·e professionnel·le

Article en relecture. Il reste lisible, mais il n'est pas encore publié : il attend sa relecture avant la mise en ligne.

Devenir soi : une forme qui se transforme le long du fil.

Dans cet article

    Tu as envie. Vraiment. Et puis, au moment où une main se pose à un certain endroit, ou quand quelqu'un utilise un certain mot pour une partie de ton corps, quelque chose se ferme. Pas par manque de désir. Parce qu'à cet instant, tu ne te sens plus toi.

    Si tu es une personne trans ou non-binaire, cette scène te parle peut-être. Ou alors pas du tout, et ton rapport à ta sexualité est plutôt apaisé. Les deux existent. Il n'y a pas une seule façon de vivre sa sexualité quand on est trans, pas plus qu'il n'y en a une quand on est cis.

    Pourquoi ça compte

    Parce que la plupart des contenus sur la sexualité supposent un corps "standard", aligné sur un genre, et des mots qui vont avec. Quand tu ne rentres pas dans ce schéma, tu dois souvent tout réinventer seul·e. Et quand on parle des personnes trans dans les médias, c'est presque toujours sous l'angle médical ou chirurgical. Rarement sous l'angle du plaisir.

    Précision

    Cet article ne parle pas de parcours de transition médicale. Chaque personne trans choisit (ou non) des démarches sociales, administratives ou médicales, et aucune n'est requise pour être "vraiment" trans. On parle ici de sexualité, de désir et d'intimité, quel que soit ton parcours.

    Quelques mots pour se comprendre

    Les associations françaises d'autosupport, comme OUTrans, proposent un vocabulaire que beaucoup de personnes trans utilisent :

    MotCe qu'il veut dire
    Personne transPersonne dont le genre ne correspond pas à celui qui lui a été assigné à la naissance
    Personne cisPersonne qui vit dans le genre assigné à la naissance
    Assigné·e homme / femme à la naissanceLe genre déclaré à ta naissance, sur la base de ton corps
    Dysphorie de genreMal-être lié au décalage entre ton genre et ton corps ou la façon dont on te perçoit. Toutes les personnes trans n'en vivent pas
    Euphorie de genreLe sentiment de plénitude quand tu vis et qu'on te voit dans ton genre
    MégenrerUtiliser un mauvais pronom ou le prénom de naissance d'une personne

    Un mot à laisser de côté : "transsexuel·le". Il est ancien, médical, et beaucoup de personnes le jugent stigmatisant. En plus, il entretient une confusion entre identité de genre et sexualité. Être trans, c'est une question de genre. Ton orientation sexuelle, c'est une autre question, et une personne trans peut être hétéro, gay, lesbienne, bi, ace, comme n'importe qui.

    La dysphorie dans l'intimité

    Pour certaines personnes trans, la sexualité est justement le moment où la dysphorie se fait le plus sentir. Tu es nu·e, ou presque. Ton corps est regardé, touché. Et certaines zones, certaines sensations, certains mots peuvent te renvoyer brutalement à un genre qui n'est pas le tien.

    C'est déstabilisant, et ça peut même te faire fuir l'intimité pendant un moment. C'est une réaction logique, pas un défaut chez toi.

    Une petite étude néerlandaise menée par Tim Doorduin et Willy van Berlo (2014) auprès de personnes trans le montre bien : le décalage entre l'identité de genre, le corps et la façon dont les autres perçoivent ce genre influence directement la manière dont la sexualité est vécue. Plusieurs participant·es expliquaient aussi que leur sexualité avait évolué au fil de leur coming out et de leur parcours.

    Ce qui aide, concrètement

    Il n'y a pas de recette. Mais beaucoup de personnes trans partagent des astuces qui reviennent souvent.

    Renommer son corps. Tu as le droit de choisir les mots pour parler de ton propre corps. Certaines personnes utilisent des termes neutres, d'autres des mots qui correspondent à leur genre, d'autres encore des surnoms à elles. Si un mot te fait mal, tu peux le remplacer. Et tes partenaires peuvent l'apprendre.

    Définir tes zones. Il peut y avoir des parties de ton corps que tu préfères qu'on ne touche pas, ou pas de telle façon, ou pas aujourd'hui. Et d'autres qui te procurent de l'euphorie de genre. Tu n'as pas à te justifier. Ces limites peuvent changer d'un jour à l'autre, et c'est normal.

    Jouer avec ce qui te fait te sentir toi. Vêtements, lumière, positions, accessoires : tout ce qui renforce ton sentiment d'être toi est légitime. Le plaisir ne passe pas forcément par les chemins "classiques".

    Explorer seul·e d'abord. Certaines personnes trouvent plus facile de redécouvrir leur corps et leurs sensations seules, sans le regard d'un·e autre. Notre article sur la masturbation peut être un bon point de départ.

    À garder en tête

    Le désir peut changer au fil de ton parcours, y compris si tu prends des hormones : parfois plus fort, parfois plus faible, parfois différent dans sa forme. Pour tout ce qui touche au traitement, parles-en à un·e soignant·e formé·e aux transidentités. Et si ça change, ça ne veut pas dire que tu t'es trompé·e.

    En parler à tes partenaires

    C'est souvent la partie qui fait le plus peur. Faut-il le dire ? Quand ? Comment ? Et si la personne réagit mal ?

    D'abord, une chose importante : ta sécurité passe avant tout. Si tu rencontres quelqu'un, en ligne ou ailleurs, tu as le droit de choisir le moment où tu parles de ton parcours. Beaucoup de personnes trans préfèrent en parler avant un premier rendez-vous en face à face, dans un cadre où elles peuvent partir facilement. Pour ta sécurité, pas parce que tu "dois" quoi que ce soit.

    Ensuite, parler de ce que tu aimes et de ce que tu n'aimes pas, ce n'est pas un truc spécifique aux personnes trans. Tout le monde devrait le faire. Tu peux amener la discussion simplement :

    Par exemple

    "Il y a des mots que je préfère pour parler de mon corps, et des endroits où je n'aime pas trop être touché·e. Je te dis tout ça parce que j'ai envie que ce soit bien pour nous deux."

    Une bonne ou un bon partenaire écoute, pose des questions avec respect, ne te met pas la pression. Si quelqu'un te fait sentir que ton corps est "compliqué", qu'il faut te "justifier", ou te pose des questions intrusives sur tes organes ou ton parcours médical, ce n'est pas toi le problème. Parler de sexe avec son ou sa partenaire donne d'autres pistes pour ces conversations.

    Si tu es partenaire d'une personne trans

    Quelques repères simples. Utilise son prénom et ses pronoms, y compris pendant l'intimité. Demande les mots qu'elle préfère pour son corps, et retiens-les. Ne fais pas de ses organes ou de sa transition un sujet de curiosité. Et si tu fais une erreur, excuse-toi brièvement et corrige, sans en faire un drame qui oblige l'autre à te rassurer.

    Piège fréquent

    Le "fétichisme" des personnes trans, qui réduit quelqu'un à son corps ou à son statut de personne trans, est une expérience très fréquente et blessante. Être désiré·e pour qui tu es, c'est tout autre chose qu'être désiré·e comme une curiosité. Tu as le droit de faire la différence et de partir.

    Ressources vérifiées

    Tu n'es pas seul·e

    • OUTrans (Paris) : association féministe d'autosupport trans, groupes de parole pour personnes trans et proches. lien
    • Acceptess-T (Paris) : association par et pour les personnes trans, santé sexuelle, accompagnement social. lien
    • Chrysalide (Lyon) : soutien et information sur les transidentités, guides téléchargeables. lien
    • Espace Santé Trans (Île-de-France) : accès à la santé des personnes trans et non-binaires, écoute psychologique. lien
    • SOS homophobie : ligne d'écoute anonyme au 01 48 06 42 41 pour les victimes ou témoins de LGBTIphobies, dont la transphobie.
    • LÉIA est là (SIS Association) : ligne d'écoute gratuite et anonyme au 0 800 004 134, tous les jours de 8h à 23h, pour les questions d'identité de genre ou d'orientation, à tout âge, et pour les victimes de LGBTQIA+phobies.
    • 3114 : numéro national de prévention du suicide, gratuit, 24h/24 et 7j/7, si tu traverses un moment très difficile.

    Pour refermer

    Ton corps t'appartient, ton plaisir aussi. Tu as le droit de le redéfinir, de le renommer, de le découvrir autrement que ce qu'on t'a appris. Et tu mérites des partenaires qui te voient pour qui tu es. Pas malgré ton parcours, ni à cause de lui.

    Cet article a une visée éducative : il ne remplace pas l’avis d’un·e professionnel·le de santé. En cas de danger immédiat : 17 ou 112. Pour tout le reste, la page Besoin d’aide ? rassemble les services à contacter.

    Étiquettes

    Rédigé par Clément et l’équipe Black Bond. Relu avec des spécialistes quand c’est le cas, signalé article par article. Qui écrit, qui vérifie

    Sources (8)
    1. OUTrans, Lexique outransien et Que sont les transidentités ?. lien
    2. Tim Doorduin, Willy van Berlo, "Trans People's Experience of Sexuality in the Netherlands: A Pilot Study", Journal of Homosexuality, 61(5), 2014, p. 654-672. lien
    3. Julia Serano, Whipping Girl: A Transsexual Woman on Sexism and the Scapegoating of Femininity, Seal Press, 2007.
    4. Inserm / ANRS-MIE, Contexte des sexualités en France 2023, rubrique "Pluralité sexuelle et de genre", 2024 (2,3 % des femmes et 2,4 % des hommes de 18-89 ans ont déjà pensé à changer de genre). lien
    5. Planning familial, Lexique trans, 2020. lien
    6. SOS homophobie, ligne d'écoute. lien
    7. SIS Association, LÉIA est là. lien
    8. Ministère de la Santé, 3114, numéro national de prévention du suicide. lien

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    • Numéro national de prévention du suicide 3114Personnes en détresse ou ayant des idées suicidaires, proches inquiets, personnes endeuillées par suicide, professionnels24 h/24, 7 j/7, gratuitSite Numéro national de prévention du suicide

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