On parle de sexualité comme on parlerait d'autre chose d'important.

La masturbation : tout ce qu’on ne t’a pas appris

Presque tout le monde le fait, presque personne n'en parle. La masturbation traîne encore des siècles de mythes et une bonne dose de gêne. On fait le tri entre ce qui est vrai, ce qui est faux, et ce que ça peut t'apprendre sur ton propre corps.

7 min de lectureNiveau :

Clément et l’équipe Black Bond

Pas encore relu par un·e professionnel·le

Article en relecture. Il reste lisible, mais il n'est pas encore publié : il attend sa relecture avant la mise en ligne.

Le rapport à soi : le fil part d’une forme et y revient en une grande boucle ouverte.

Dans cet article

    Tu t'en souviens peut-être : la première fois que tu as découvert que toucher ton corps faisait du bien, tu ne savais pas trop si c'était « normal ». Peut-être que tu as grandi avec des blagues sur la surdité ou les poils dans la main. Peut-être qu'on ne t'en a jamais parlé du tout, ce qui est une autre façon de faire comprendre que c'est honteux. Et même adulte, en couple ou pas, il reste parfois une petite voix qui juge.

    Alors reprenons tranquillement, sans rougir.

    Pourquoi ça compte

    La masturbation est souvent la toute première façon de découvrir son propre plaisir. C'est là qu'on apprend ce qu'on aime, à son rythme, sans avoir à gérer le regard de quelqu'un d'autre. Traîner de la honte là-dessus, c'est se priver d'une source de connaissance de soi très précieuse, et parfois compliquer sa sexualité partagée.

    Presque tout le monde, et de plus en plus

    Première chose à savoir : tu es dans la norme. Largement. D'après l'enquête Contexte des sexualités en France 2023 de l'Inserm et de l'ANRS-MIE, 92,6 % des hommes et 72,9 % des femmes de 18 à 69 ans déclarent s'être déjà masturbés.

    Le chiffre le plus parlant, c'est l'évolution chez les femmes :

    Année de l'enquêteFemmes (18-69 ans)Hommes (18-69 ans)
    199242,4 %82,8 %
    200656,5 %89,9 %
    202372,9 %92,6 %

    En trente ans, la part de femmes qui le déclarent a presque doublé. Est-ce qu'elles se masturbent plus qu'avant, ou est-ce qu'elles osent davantage le dire ? Probablement un peu des deux. Dans tous les cas, l'écart qui reste entre les genres dit surtout quelque chose de l'éducation et du tabou, pas de la biologie. On n'a pas les chiffres pour les personnes non-binaires dans ces séries historiques, mais rien ne laisse penser qu'elles seraient une exception.

    D'où viennent les mythes

    La peur de la masturbation a une histoire, et elle est assez récente. En 1760, le médecin suisse Samuel-Auguste Tissot publie L'Onanisme, un traité qui attribue à la masturbation à peu près tous les maux possibles : épuisement, perte de mémoire, maladies graves. Le livre a un succès énorme et nourrit pendant plus d'un siècle une vraie panique médicale et morale.

    Aucune de ces affirmations n'a tenu. Mais les restes sont encore là, dans les blagues de cour de récré et dans la gêne qu'on ressent parfois sans savoir d'où elle vient.

    Vrai ou faux : on démonte

    Ce qu'on entendCe qu'on sait
    « Ça rend sourd, aveugle, ça fait pousser des poils dans les mains »Faux. Aucun effet de ce genre n'a jamais été montré. Ce sont des restes de la panique du XVIIIe siècle.
    « Ça épuise, ça fatigue le corps »Faux. Tu peux te sentir détendu·e, voire somnolent·e après un orgasme, c'est tout.
    « Si on est en couple, c'est qu'il manque quelque chose »Faux. Beaucoup de personnes en couple continuent à se masturber. Ce n'est ni une trahison ni un signe de désamour.
    « Ça abîme les organes génitaux »Faux, dans des conditions normales d'hygiène et de douceur. Une irritation ponctuelle peut arriver si la peau est sèche ou si tu frottes fort.
    « Ça désensibilise pour les rapports à deux »Pas prouvé de façon générale. Par contre, toujours utiliser exactement la même technique peut créer une habitude. Varier aide.
    « Chez les hommes, éjaculer souvent serait bon pour la prostate »Piste sérieuse mais pas une certitude. Une grande étude américaine (Rider et al., 2016) a observé un risque de cancer de la prostate environ 20 % plus faible chez les hommes qui éjaculaient 21 fois par mois ou plus, par rapport à 4 à 7 fois. C'est une association, pas une preuve de cause à effet.

    Et la vraie règle ? Il n'y a pas de fréquence « normale ». Tous les jours, une fois par mois, jamais : tout ça est normal, tant que c'est ton choix et que ça ne te fait pas souffrir.

    Ce que la masturbation peut t'apprendre

    Au-delà du plaisir lui-même, c'est un espace d'exploration assez unique. Tu es la seule personne aux commandes, tu peux t'arrêter, recommencer, changer, sans rien expliquer à personne.

    Quelques pistes, si tu as envie d'explorer autrement :

    • Changer de décor. Pas forcément le soir dans ton lit : sous la douche, dans une position différente, à un autre moment de la journée.
    • Ralentir. Beaucoup de gens ont pris l'habitude d'aller vite, par peur d'être surpris·es. Prendre son temps change souvent les sensations.
    • Explorer au-delà des organes génitaux. Le ventre, l'intérieur des cuisses, la poitrine, la nuque. Le plaisir ne se limite pas à une zone, notre article sur les zones érogènes va plus loin là-dessus.
    • Essayer avec ou sans accessoires. Un lubrifiant, un sextoy, ou juste tes mains. Rien n'est obligatoire.
    • Faire attention à ce qui se passe dans ta tête. Fantasmes, souvenirs, sensations pures : observer ce qui t'excite, sans le juger, t'apprend beaucoup sur toi.

    Situation type

    Iel se masturbe depuis l'adolescence toujours de la même façon, rapidement, sur le ventre. Avec un·e partenaire, iel a du mal à atteindre l'orgasme et se demande si quelque chose ne va pas. En variant un peu ses habitudes en solo (position, rythme, types de toucher), iel découvre d'autres façons de ressentir du plaisir, et peut ensuite les partager plus facilement. Rien n'était « abîmé » : son corps avait juste appris un seul chemin.

    Et en couple ?

    La masturbation n'est pas une concurrence au sexe à deux. Beaucoup de couples la vivent comme un espace personnel, et c'est très bien comme ça. D'autres choisissent de la partager, en se regardant, en se montrant ce qu'iels aiment. C'est souvent une des façons les plus efficaces de se faire comprendre sans avoir à tout expliquer avec des mots.

    Si le sujet crée des tensions, par exemple si l'un·e le vit comme un rejet, il vaut mieux en parler que laisser le malaise s'installer. Notre article sur la façon de parler de sexe avec son ou sa partenaire peut t'aider à ouvrir la conversation.

    Santé et bien-être

    Quelques repères santé

    • Hygiène : mains propres, sextoys lavés après chaque usage selon les indications du fabricant.
    • Lubrifiant : si la peau tire ou chauffe, c'est qu'il en manque. Un lubrifiant à base d'eau convient à tous les matériaux de sextoys.
    • Objets du quotidien : évite ce qui n'est pas conçu pour ça (verre fragile, objets qui peuvent se casser ou rester coincés). Pour une exploration anale, seul un objet avec une base élargie est sûr.
    • Douleur : une douleur répétée pendant ou après la masturbation n'est pas normale et mérite une consultation.
    • Quand ça échappe à ton contrôle : si tu te sens incapable de t'arrêter, que ça empiète sur ton travail, tes relations ou ton sommeil, et que ça te fait souffrir, tu peux en parler à un·e sexologue ou un·e psychologue. Ce n'est pas la fréquence qui pose problème, c'est la souffrance et la perte de contrôle.

    Pour finir

    La masturbation n'a rien de honteux, de sale ni de triste. C'est une façon de prendre soin de toi et de mieux te connaître. Si tu n'en as pas envie, c'est tout aussi légitime. Dans les deux cas, ton corps t'appartient.

    Cet article a une visée éducative : il ne remplace pas l’avis d’un·e professionnel·le de santé. En cas de danger immédiat : 17 ou 112. Pour tout le reste, la page Besoin d’aide ? rassemble les services à contacter.

    Étiquettes

    Rédigé par Clément et l’équipe Black Bond. Relu avec des spécialistes quand c’est le cas, signalé article par article. Qui écrit, qui vérifie

    Sources (3)
    1. Inserm, ANRS-MIE, Contexte des sexualités en France 2023 : premiers résultats, 13 novembre 2024. lien ; page « Activités sexuelles » : lien
    2. Samuel-Auguste Tissot, L'Onanisme, ou Dissertation physique sur les maladies produites par la masturbation, Lausanne, 1760 (édition française de 1760, d'après une version latine de 1758).
    3. Jennifer R. Rider, Kathryn M. Wilson, Jennifer A. Sinnott, Rachel S. Kelly, Lorelei A. Mucci, Edward L. Giovannucci, Ejaculation Frequency and Risk of Prostate Cancer: Updated Results with an Additional Decade of Follow-up, European Urology, vol. 70, n° 6, 2016, p. 974-982. lien

    Sur les mêmes sujets

    Des zones d’intensités différentes : trois foyers de cercles concentriques reliés par le fil.

    Les zones érogènes, au-delà des évidences

    7 octobre 2026|Les Fondamentaux

    Tu t'es peut-être déjà surpris·e à frissonner pour un geste auquel tu ne t'attendais pas. Un souffle sur la nuque,...

    Une onde qui monte puis s’apaise, et un astre qui se lève sur l’horizon.

    Le désir sexuel : comment il marche et pourquoi il varie

    7 octobre 2026|Les Fondamentaux

    Il y a des semaines où l'envie est là, presque avant qu'on y pense. Et d'autres où elle semble s'être...

    Une frise de jours : le fil marque un jour d’une boucle lâche, le rendez-vous de dépistage.

    Dépistage des IST : quand, comment, pourquoi

    7 octobre 2026|Les Fondamentaux

    Un rapport sans préservatif avec une nouvelle personne. Un préservatif qui a glissé. Ou rien de particulier, juste une petite...

    Une question qui reste ?

    Pose-la anonymement, sans compte.

    La boîte à questions

    Être prévenu·e quand un nouvel article est relu et publié.