On parle de sexualité comme on parlerait d'autre chose d'important.

C’est quoi le BDSM ? Démystification complète

Quatre lettres, beaucoup de fantasmes, et presque autant d'idées fausses. On reprend tout depuis le début : ce que veulent dire les lettres, ce qui sépare le BDSM de la violence, et qui le pratique vraiment.

8 min de lectureNiveau :

Clément et l’équipe Black Bond

Pas encore relu par un·e professionnel·le

Article en relecture. Il reste lisible, mais il n'est pas encore publié : il attend sa relecture avant la mise en ligne.

Plusieurs pratiques dans un même cadre : trois anneaux de tailles différentes qui s’entrecroisent.

Dans cet article

    Si t'as tapé « BDSM » dans un moteur de recherche un jour, tu es probablement tombé·e sur un mélange de films mal renseignés et de forums qui font peur pour rien. Peut-être que tu cherchais à mettre un mot sur une envie qui te trotte dans la tête depuis longtemps. Peut-être que ton ou ta partenaire t'en a parlé et que tu ne sais pas trop quoi en penser. Ou alors tu es juste curieux·se. Les trois sont de bonnes raisons d'être ici.

    Pourquoi ça compte de bien comprendre avant de pratiquer ? Parce que la plupart des mauvaises expériences en BDSM ne viennent pas de l'intensité des gestes. Elles viennent de ce qu'on n'a pas su, pas dit, pas demandé. Et la plupart des peurs qu'on a sur le sujet viennent d'images qui n'ont rien à voir avec la façon dont les gens le vivent.

    Trois paires de lettres, pas un seul bloc

    BDSM, c'est un acronyme qui en superpose trois :

    PaireCe que ça recouvreCe qui est en jeu
    B & D : Bondage & DisciplineAttacher, immobiliser, poser des règles et des conséquencesLa contrainte physique ou le cadre
    D / s : Domination & soumissionUn échange de pouvoir consenti entre deux personnes (ou plus)La relation, la psychologie
    S & M : Sadisme & MasochismeDonner ou recevoir des sensations intenses, parfois de la douleur, pour le plaisirLa sensation

    Ces trois univers se croisent souvent, mais ils ne vont pas forcément ensemble. Tu peux adorer être attaché·e sans jamais vouloir la moindre douleur. Tu peux vivre une dynamique de domination très forte sans une seule corde. Personne ne pratique « tout le BDSM ». Chacun·e compose son propre terrain avec ce qui lui parle, et rien d'autre.

    Côté vocabulaire, tu croiseras vite quelques mots qui reviennent partout. La scène, c'est le moment de jeu, avec un début et une fin. Le ou la top mène l'action, le ou la bottom la reçoit. On parle aussi de dominant·e (ou domme) et de soumis·e quand il y a un échange de pouvoir, et de switch pour les personnes qui passent d'un rôle à l'autre selon l'envie ou le ou la partenaire. Aucun de ces rôles n'est lié à un genre. Une femme soumise avec une femme dominante, un homme dom avec une personne non-binaire soumise, deux switchs qui alternent : tout ça existe, et ça n'a rien d'exotique.

    BDSM et violence : la différence tient en un mot

    Ce qui sépare le BDSM de la violence, c'est le cadre. Et le cadre, ça se construit en trois temps.

    Avant, on négocie. On parle de ce dont chacun·e a envie, de ce qui est hors de question (les limites), de ce qu'on veut essayer avec prudence. On choisit un safe word, un mot qui arrête tout, immédiatement, sans discussion. Et un signal non verbal pour les moments où parler n'est pas possible.

    Pendant, la personne qui mène garde les yeux ouverts. Elle observe, elle vérifie, elle s'arrête si quelque chose cloche. Le consentement donné avant n'est pas un chèque en blanc : il peut être retiré à n'importe quel moment.

    Après, on prend soin l'un·e de l'autre. C'est l'aftercare, et on y revient en détail dans l'article qui lui est consacré.

    Enlève cette structure, et peu importe que les gestes soient doux ou intenses, ce n'est plus du BDSM. Une gifle donnée par surprise pendant une dispute et une claque négociée, attendue, arrêtable à tout moment, peuvent se ressembler de l'extérieur. Elles n'ont strictement rien en commun.

    Les chercheuses Cara Dunkley et Lori Brotto, dans une revue publiée en 2020, le formulent clairement : le consentement mutuel et éclairé est la caractéristique qui distingue le BDSM de l'abus et de la pathologie. Pas l'intensité, pas le matériel. Le consentement.

    À quoi ressemble une négociation, concrètement

    Deux partenaires qui veulent essayer d'attacher les poignets pourraient se dire, la veille, autour d'un café : « Tu veux essayer avec quoi ? Des sangles, pas des cordes, pour commencer. On garde « rouge » pour tout arrêter. Si tu as quelque chose dans la bouche ou que tu n'arrives pas à parler, tu claques trois fois des doigts. Et après, j'aimerais bien qu'on reste allongé·es un moment, sans téléphone. » Rien de solennel. Juste clair.

    Les mythes qu'on entend le plus

    « Les gens qui aiment ça ont forcément vécu un trauma. » C'est l'idée reçue la plus tenace, et elle ne tient pas face aux données. Une enquête nationale australienne menée auprès de plus de 19 000 personnes (Richters et al., 2008) a conclu que le BDSM correspond, pour la plupart des personnes qui le pratiquent, à un intérêt sexuel ou une sous-culture, pas au symptôme d'un abus passé ou d'une difficulté avec la sexualité dite « classique ».

    « C'est une maladie mentale. » Non. En 2013, le DSM-5 (le manuel de référence de la psychiatrie américaine) a distingué la paraphilie, un intérêt sexuel atypique, du trouble paraphilique, qui suppose une souffrance ou un tort causé à autrui. Et la classification internationale des maladies de l'OMS, la CIM-11, adoptée en 2019, a retiré le sadomasochisme consenti de la liste des troubles. Ce qui reste classé comme trouble, c'est le sadisme sexuel coercitif, c'est-à-dire exercé sur des personnes qui n'ont pas consenti. La ligne passe exactement là où elle doit passer.

    « Les pratiquant·es sont des gens instables. » Là encore, c'est plutôt l'inverse qui ressort. En 2013, Andreas Wismeijer et Marcel van Assen ont comparé 902 pratiquant·es néerlandais·es à 434 personnes d'un groupe contrôle. Les pratiquant·es se montraient en moyenne moins anxieux·ses, plus ouvert·es, plus consciencieux·ses, moins sensibles au rejet, avec un bien-être subjectif plus élevé. Une nuance honnête : l'échantillon était recruté en ligne, sur la base du volontariat, donc on ne peut pas en tirer une vérité universelle. Mais on est loin de l'image du « cassé ».

    « C'est forcément violent et douloureux. » Beaucoup de pratiques n'impliquent aucune douleur : un bandeau, des mains tenues au-dessus de la tête, un rôle qu'on joue, une règle qu'on suit. L'intensité, c'est toi qui la choisis.

    « Celui ou celle qui domine a tout le pouvoir. » En vrai, c'est souvent la personne soumise qui fixe les limites de la scène, et c'est elle qui peut tout arrêter d'un mot. Le pouvoir est prêté, pas pris.

    Qui pratique, au juste ?

    Plus de monde que tu ne le crois, et des gens très ordinaires.

    L'étude australienne de Richters trouvait 1,8 % des personnes sexuellement actives ayant pratiqué le BDSM dans l'année écoulée. Ça, c'est la pratique assumée et nommée comme telle. Si on regarde plus largement les fantasmes et les petites expériences, les chiffres montent vite. Une étude belge sur un échantillon représentatif de 1 027 personnes (Holvoet et al., 2017) rapporte qu'environ 7 personnes sur 10 ont déjà eu au moins un fantasme lié au BDSM, qu'à peu près la moitié a déjà essayé au moins une pratique (un bandeau, des mains attachées, par exemple) et qu'environ 8 % se considèrent comme pratiquant·es.

    Ces personnes sont profs, infirmier·es, développeur·ses, parents, retraité·es. Elles vont au travail le lundi, voient leurs ami·es, appellent leur mère le dimanche. Le BDSM n'est pas un mode de vie à part pour la grande majorité d'entre elles, c'est une partie de leur intimité. Et ça se vit dans toutes les orientations et toutes les identités de genre.

    Par où commencer, si ça te parle

    Pas par le matériel. Par la conversation.

    Prends le temps de te demander ce qui t'attire vraiment. Est-ce la sensation d'être tenu·e ? Le fait de lâcher le contrôle, ou au contraire de le prendre ? Une ambiance, un rôle, une intensité ? Mettre des mots dessus, même flous, rend la discussion avec un·e partenaire beaucoup plus simple. Si tu as du mal à identifier ce qui t'attire, comprendre ses fantasmes peut t'aider à défricher.

    Ensuite, commence petit. Un bandeau, des poignets tenus, une consigne simple. Tu verras vite si ça te plaît, et tu pourras aller plus loin sur des bases solides. Tout ce qui demande un savoir-faire technique (les cordes, l'impact, tout ce qui touche à la respiration ou au sang) s'apprend avec méthode, et certaines pratiques restent à très haut risque même pour des personnes expérimentées. On y reviendra, pratique par pratique.

    Et accepte que ça fasse un peu peur, au début. Le BDSM te demande de parler beaucoup plus que dans une sexualité « classique ». De dire ce que tu veux, ce que tu ne veux pas, ce qui t'a gêné·e. C'est inconfortable. C'est aussi, souvent, ce qui rend l'expérience plus honnête.

    Sécurité et consentement : ce qui ne se négocie pas

    Le consentement en BDSM a quatre caractéristiques. Il est explicite : on ne devine pas, on demande. Il est éclairé : tu sais à quoi tu dis oui, risques compris. Il est spécifique : oui aux menottes ne veut pas dire oui à tout le reste. Et il est révocable : un safe word ou un signal arrête tout, tout de suite, sans justification, sans reproche après.

    Si une personne refuse de négocier, se moque de ton safe word ou te dit qu'« un·e vrai·e soumis·e n'en a pas besoin », ce n'est pas du BDSM. C'est un signal d'alerte. Tu as le droit de partir, à n'importe quel moment.

    Et rien de tout ça ne se pratique sous l'emprise de l'alcool ou de drogues qui brouillent ton jugement ou celui de l'autre.

    Si tu es arrivé·e ici avec plus de questions que de réponses, c'est bon signe. Le BDSM, ça se découvre à ton rythme, et il n'y a rien à prouver à personne.

    Pour la suite, le plus utile est de comprendre les cadres de sécurité sur lesquels tout repose : SSC, RACK, PRICK t'explique ce que ces acronymes veulent dire et où ils atteignent leurs limites.

    Cet article a une visée éducative : il ne remplace pas l’avis d’un·e professionnel·le de santé. En cas de danger immédiat : 17 ou 112. Pour tout le reste, la page Besoin d’aide ? rassemble les services à contacter.

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    Rédigé par Clément et l’équipe Black Bond. Relu avec des spécialistes quand c’est le cas, signalé article par article. Qui écrit, qui vérifie

    Sources (7)
    1. Richters J., de Visser R. O., Rissel C. E., Grulich A. E., Smith A. M. A., « Demographic and Psychosocial Features of Participants in Bondage and Discipline, "Sadomasochism" or Dominance and Submission (BDSM): Data from a National Survey », The Journal of Sexual Medicine, 5(7), 1660-1668, 2008. lien
    2. Wismeijer A. A. J., van Assen M. A. L. M., « Psychological Characteristics of BDSM Practitioners », The Journal of Sexual Medicine, 10(8), 1943-1952, 2013. lien
    3. Holvoet L. et al., « Fifty Shades of Belgian Gray: The Prevalence of BDSM-Related Fantasies and Activities in the General Population », The Journal of Sexual Medicine, 14(9), 2017. lien (chiffres relayés par PsyPost : lien)
    4. Dunkley C. R., Brotto L. A., « The Role of Consent in the Context of BDSM », Sexual Abuse, 2020. lien
    5. Groupe de travail OMS sur la CIM-11, « Proposals for Paraphilic Disorders in the International Classification of Diseases and Related Health Problems, Eleventh Revision (ICD-11) », Archives of Sexual Behavior, 2017. lien
    6. American Psychiatric Association, DSM-5, 2013 (distinction paraphilie / trouble paraphilique).
    7. Wiseman J., SM 101: A Realistic Introduction, 2e éd., Greenery Press, 1996.

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